Les murs du géant lunaire

Ascension vers le cœur silencieux du dragon lunaire - Les iles de la lune -  Juzur al Qamar  - جُزُرُ ٱلْقَمَر. 

Au cœur des Îles de la Lune, où les Comores dansent avec les étoiles, naît une série de photographies enchantées : Au Sommet de la Lune – Chroniques du Karthala. Ces images, capturées comme des rêves volés au vent, narrent l'odyssée d'une ascension mystique vers le gardien endormi, ce volcan colossal qui veille sur l'océan Indien tel un titan primordial. Allégorie d'une quête intérieure, où chaque pas défie les éléments, ces clichés invoquent la magie d'un monde suspendu entre terre et ciel, poésie visuelle d'un géant qui respire en silence, éveillant l'âme à la beauté brute et sauvage.

L'aventure commence au crépuscule, lorsque le 4x4, fidèle destrier mécanique, s'élance sur la piste sinueux, serpent de poussière et d’éboulis qui s’élève vers les hauteurs, qui grimpe vers les cimes. Les roues mordent la terre rouge, cahotant comme un cœur battant d'excitation, traversant forêts denses où les ombres des baobabs murmurent des secrets anciens. L'air se raréfie, chargé d'une humidité mystique, tandis que le moteur ronronne une incantation rythmée. Puis, à l’approche des cimes, le chemin vire au sombre : sol basaltique ténébreux, panorama qui se mue en organique, quasi palpitant dans sa nudité minérale. La flore se raréfie, ne subsistant qu’en oasis éparses de survie tenace. L’atmosphère s’amincit, imprégnée d’une moiteur sacrée, pendant que les moteurs entonnent un chant cadencé. À bord de l’un des engins, une petite chèvre malicieuse, lutin des reliefs, nous accompagne, présence muette pour le trajet ascendant uniquement. Ses prunelles scintillantes captent l’élévation, emblème poétique de la pureté sacrifiée au dormeur, vouée à demeurer sur ces hauteurs inviolées.

À nos côtés, une petite chèvre espiègle, esprit farceur des montagnes, trottine avec grâce, compagne éphémère pour l'aller seul. Elle bondit sur les pierres, ses sabots légers comme des notes de flûte, symbole allégorique de l'innocence qui guide les âmes vers l'inconnu. Mais au retour, elle s'évanouit dans les brumes, gardienne fidèle qui ne descend pas des hauteurs sacrées.

Parvenus au sommet, à 2361 mètres d'altitude, le monde s'ouvre comme un grimoire ancien. Tandis que nous entamons la randonnée pédestre vers les lèvres du cratère, des compagnons experts orchestrent le festin au foyer crépitant de bois. La chèvre, dont nous n’entrevoyons pas l’instant fatal – instant masqué par la discrétion de la nature –, se métamorphose durant notre progression en un ragoût parfumé, fusion d’agrumes insulaires, d’aromates envoûtants et de plantes glanées en route. Tel un rituel alchimique où le feu danser sur des braises improvisées. Des fruits locaux, pains chauds et épices envoûtantes se mêleront plus tard en une communion simple, nourrie par l'essence même du volcan. Chaque bouchée sera une potion revigorante, imprégnée de la magie tellurique, sous un ciel qui semblera toucher les étoiles.

Ce partage humble, imprégné de l’âme même du mont, se mue alors en élixir revitalisant, teinté de prodige tellurique, sous une voûte céleste frôlant les constellations.

Puis vient l’arrivée au bord du cratère, cercle enchanté où le temps se fige, et cette ambiance si particulière du géant dormant... . Un espace hors du temps, paysage sélénite où le silence règne en maître, ponctué seulement d'un bruit sourd, écho lointain du cœur battant sous la croûte.

Hélas, une vapeur d'eau épaisse, voile spectral tissé par les esprits des profondeurs, nous empêche de percer ses mystères. Tel un sortilège protecteur, elle dissimule le gouffre abyssal, ne laissant que l'imagination voguer vers l'infini. La roche volcanique tapisse le sol comme un manteau d'obsidienne, forgé dans les forges infernales, et de temps en temps, des végétaux primitifs et solitaires percent ce tapis minéral, émerge comme des sentinelles magiques d'une renaissance éternelle. comme un sort jeté par la lune elle-même : lichens tenaces, tapis d'argent sur la roche noire ; fraisiers audacieux, perles rouges de vie naissante ; plantains robustes, premiers pionniers verdoyants qui s'accrochent çà et là, défiant le chaos originel. Ces êtres végétaux, allégories de résilience, poussent dans un désert lunaire, évoquant les premiers souffles de création après le grand vide.

Ici, le Karthala n'est pas un simple mont ; c'est un géant assoupi, dragon cosmique dont le souffle chaud berce l'île, invitant à la contemplation poétique d'un univers où la magie de la nature triomphe, où chaque pierre raconte une épopée oubliée.

Cette série, avec ses teintes de gris lunaire et d'éclats verts miraculeux, capture l'essence d'un voyage alchimique : de l'ascension laborieuse à la sérénité mystique, elle nous rappelle que dans les bras du volcan, nous touchons l'infini, poètes errants dans un rêve éveillé.

Union des Comores - Juin 2021

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